Mise en route

 

La journée était annoncée chaude en ce samedi de fin juin alors que la canicule s’installait sur l’ Alsace! Elle le fut! Pimentée par ailleurs par des incidents pouvant survenir même quand l’organisation est longuement mûrie à l’avance et bien ficelée par Augustin ; mais les fichiers aussi bien alignés soient-ils, quand l’imprévu s’en mêle, le déroulement peut se gripper. Alors il y a eu les absents de dernière minute, un souci de santé qui rend indisponible ou un grain de sable dans un rouage professionnel et on se trouve exclus d’une sortie à laquelle on aurait bien participé…et ce modeste compte-rendu n’a pas pour objectif d’accroître encore leur déception mais bien de les associer à ce qui fut un régal pour les sens en éveil !

Il y a eu aussi un petit loupé au départ de Villé, mais les étape suivantes se sont succédé sans aucune anicroche : des participants ont embarqué à Châtenois puis à Marckolsheim, il y a même eu un arrêt de convenance péri frontière permettant une inclusion sur mesure avec un retour anticipé le soir. Bref, une équipe bien fournie comptée et recomptée méthodiquement par Augustin à chaque arrêt impliquant un déplacement hors du bus et au bout du circuit, aucun des embarqués ne manquait à l’appel !

 

la "Herrenmühle"

 

 

La première étape s’est jouée dans le jardin de Hans Jorg Haas à la Herrenmühle à Bleichheim: Hans Jorg n’est pas avare de mots pour parler de son jardin, une ancienne prairie, qu’il aménage depuis 15 ans avec un savoir faire très pointu puisqu’il se présente comme ingénieur horticole, fort d’un passé de pépiniériste…il est aussi auteur de livres (Planzschnitten par exemple) dont il regrette qu’ils ne soient pas traduits pour les diffuser à saute-frontière. Hans Jorg a pour originalité, par ailleurs, d’aménager des jardins avec grand soin sans en être le propriétaire : 5 jardins en 44 ans et comme il suit son affaire avec méthode, il déménage en emportant ses plantes mais aussi ses arbres !!! Intrigant le personnage ! Il ne s’amuse ni ne se formalise  de notre émotion devant une telle entreprise et nous montre au cours de la visite, les arbres mais oui, pas des plantules ou des arbustes qui ont suivi le maître des lieux ayant à leur actif jusqu’à 7 mutations pour un cornouiller mâle!

Le jardin est équipé d’un composteur qui a pour caractéristique d’être central dans le jardin ; tous les sentiers y mènent…foin des composteurs retranchés dans un recoin, de préférence sur la ligne mitoyenne du jardin voisin  ! Point de bois de palettes pour le composteur, mais du bois taillé, poussant au bord du ruisseau et dont la longueur doit être généreuse pour que le séchage et le rétrécissement induits ne jouent pas un vilain tour en laissant apparaître un trou sur le pourtour des montants. Car chez Hans Jorg on ne manque pas d’eau. La maison attenante au jardin était un ancien moulin dépendant de la demeure seigneuriale voisine. La roue du moulin a disparu pendant la guerre de trente ans, mais le canal d’amenée est toujours là et apporte, bien qu’il soit en eau stagnante (ou en bassin d’agrément, c’est plus sympa !) les bienfaits de l’élément aqueux : fréquentation du martin-pêcheur notamment et présence d’escargots aquatiques qui se repaissent d’algues ce qui ne fonctionne que si l’eau est calcaire pour assurer le ciment des coquilles. Il y a, en plus, dans ce jardin de l’eau de source captée en amont de la demeure seigneuriale et dont on n’a pas bien compris s’il s’agit d’une eau partagée ou détournée…Un poirier suscite des questions, le jardinier ignore de quelle variété il s’agit et déclare les fruits impropres à la consommation ce qui chiffonne Jean-Claude qui assure que certaines poires ne se consomment qu’après séchage ou uniquement cuites. Une tentative de séchage sera faite, on attend le résultat.

Hans Jorg nous montre l’étendue de gazon mettant en valeur la porte d’entrée ancienne datée du XV ème siècle mais peu usitée, les visiteurs préférant la porte débouchant dans la cuisine  aux perspectives plus conviviales et plus accueillantes. Cet espace engazonné est impressionnant, on croit fouler un tapis épais , c’est à peine si on ose y poser un pied. Bordant ce tatami herbeux, un massif de fleurs aux couleurs de la demeure voisine, jaune pour les murs, bleue pour les volets et enfin rouge pour les pierres. Hans Jorg cultive une variété de glaïeuls rustique d’un rouge « dégradé » très particulier. Il a aussi une attirance particulière pour les hémérocalles… il paraît que tout se mange dans les hémérocalles ! Les sauges aussi sont bien présentes, les gaura de Lindheimer, les groseilles  partagent leur espace avec les fleurs des fuchsia … la récolte des baies de groseillier est qualifiée d’homéopathique s’agissant du volume !

Une autre particularité de ce très beau jardin, les pommiers colonnaires (33 ans d’âge, combien de transplantations ?) font débat : sont-ils colonnaires alors que l’un d’eux a plus d’un tronc ! On s’accorde sur la chair rouge des fruits et une amertume qui rétracte les rides selon l’expression du guide !

En clair un jardin beaucoup moins fouillis que mon texte, dans lequel il fait bon se promener avec un maître d’œuvre très pointu en terme d’explications, même si la nomenclature latine l’agace !

Jardin de Hans Jorg

Gasthaus Schützen

Le repas pris à la Gasthaus Schützen a ravi tous les palais et satisfait les omnivores comme les flexitariens ! L’assaisonnement du « Grüner Salat in Schüssel » a tant emballé les commensaux que la recette en a été demandée au chef … qui ne divulgue pas ses secrets mais propose un flacon de sauce salade à la vente à emporter ce qui a satisfait certaine curieuse… Précision : sur la fiole ne figurait pas la composition du « dressing » !

Une table traditionnelle

Chez Rachel et Thierry

 

Le deuxième jardin qui faisait partie du programme se situe à Ohnenheim chez Rachel et Thierry qui ont construit une maison en bois et aménagé 27 ares de terrain tout autour : là aussi on est parti d’un pré tout plat comme il se doit dans la plaine d’Alsace…Et clairement, le résultat est bluffant tellement ce jardin est vallonné et en relief … en relief mais aussi en déambulation, chaque étape incite à poursuivre la promenade ou à une halte reposante…et ombragée. Certains ont trouvé l’ombre très vite et ne l’ont plus quittée, les veinards, ils connaissaient les lieux. Mais pour les primo visiteurs ce fut un enchantement de tous les instants. Le jardin  s‘appelle les fées gourmandes et les plantes qui s’y trouvent ont un qualificatif gustatif… on est arrivé chez des enchanteurs épicuriens ! On comprend pourquoi les noms des plantes sont inscrits sur d’authentiques cuillères en bois…Kochaleffel uff elsassisch ganannt !

Patiemment sans se lasser, Rachel et Thierry se sont mis à la recherche de spécialités dont le nom vernaculaire ou le parfum est en lien avec de l’alimentaire voire de la gastronomie. Au début ils        allaient à la pioche aux infos, actuellement ce sont les Internets qui leur permettent d’étendre leur cercle. Il y a la rose popcorn, l’iris chocolat, l’arbre à miel, l’arbre à caramel, la plante fromage mais aussi la plante cola, patchouli ou encore la plante huître qui s’accommode si bien d’une tartine de beurre salé ! Ici on a un spécialiste des heuchères : la champagne, la pinot noir offrent une digression vers le vocabulaire oenologique … mais toujours de bons crus !D’autres heuchères : l’Apple Crisp, la Cherry ou la Cola. Heuchères mais aussi des hostas qui tiennent bien l’hiver dont une surprenante hosta guacamole ! Il y en a décidément pour tous les goûts, y compris pour les incontournables limaces. Il semblerait toutefois que les hostas à feuilles bleues résistent mieux à la voracité des gastéropodes sans coquille.

Le grand Ried Centre-Alsace est généreux en terme de d’hydratation ; la nappe phréatique est juste sous nos pieds, mais Thierry récupère aussi toute l’eau du toit au moyen d’un astucieux système avec des petites chutes d’eau surveillées par une fée attentive ! Le Ried a pour caractéristique de ne pas abriter de variétés d’arbres à feuillage persistant ! Qu’à cela ne tienne, Thierry compense cette absence de coloration végétale en hiver par la présence d’arbres à écorce comme l’arbre à serpent ou encore l’arbre à cannelle qui s’épluche comme ses cousins cinghalais, mais ne fournit pas l’Alsace en épices parfumées qui évoquent notre Wàrm Vin Chaud Wi ou nos incontournables Bredla ! Pour Thierry, aucun doute sa saison préférée au jardin c’est l’automne ou le jardin est exubérant de couleurs.

L’égopode galope avec facilité et la seule solution est de l’arracher ou encore de la manger puisqu’elle a un subtil goût d’angélique.

La gestion des buis est bien encadrée et donne un résultat probant : observation des indicateurs ornithologiques, hiboux, faucons, pies et les joyeux moineaux …lorsque ces derniers entrent en scène c’est que la pyrale est là … On taille après la ponte des papillons . L’invasion estivale est combattue par un traitement au Bacillus thuringiensis; à l’automne nouvelle taille avec un drap pour récupérer au mieux les invasifs suivi d’un coup de souffleur thermique ! Et là Thierry affirme que tout tombe ! Enfin, beaucoup ! Il a remarqué que les buis à petites feuilles tiennent mieux que les buis à feuilles plus grandes.

Les fées gourmandes

L'auteur

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