Si les jardiniers (ières), peuvent accepter quelques feuilles grignotées ou un plant deci-delà, il n’en va pas de même lorsque tous les plants sont systématiquement détruits. L’exaspération peut être à son comble lorsque les plants sortent d’une jardinerie. Il faut alors réagir !
Dans ce volet, nous allons faire le tour des moyens les plus connus pour protéger nos plantes. En cas d’échec, nous passerons à des solutions plus radicales.
En cas d’invasion, les jardiniers(ières) ont toujours été très inventifs(ives).
Les barrières physiques gênent la progression des gastéropodes mais elles ne les empêcheront pas de passer si elles sont affamées. Elles perdent aussi leur efficacité par temps de pluie.
Les barrières olfactives fonctionnent mais sont à renouveler tous les 2 à 3 jours.
Le choix est vaste. Citons les plus courantes :
Du sable, des cendres de bois, du marc de café, des coquilles d’œufs pillées à disposer autour des plantes à protéger ou sur le pourtour de la planche de culture ou sur le pourtour de vos carrés potagers.
Des plantes peuvent être utilisées de la même façon : la prêle, la fougère, le gaillet gratteron, les aiguilles de pin (surtout pour les fraisiers qui aiment leur acidité), les bogues de châtaignes.
Certains paillis peuvent être utilisés mais avec certaines restrictions : ils seront à utiliser pour les massifs fleuris (les fleurs ne veulent pas trop d’azote), pour les allées ou pour le pourtour du potager. En effet, trop riches en carbone, ils entraîneraient une faim d’azote s’ils sont présents dans les planches de culture. Il s’agit des copeaux de bois, des paillettes de lin, du miscanthus, du chanvre.
Land Art ? Non des barrières !
Pour dissuader nos mollusques de sévir au potager, plusieurs techniques peuvent être appliquées :
Utiliser des plantes répulsives comme l’absinthe, l’armoise, la fougère aigle pour en faire un purin. Ce purin est à pulvériser au sol tous les 2 à 3 jours.
Disposer à proximité des plantes à protéger, des coupelles d’eau où macèrent des gousses d’ail.
Fabriquer une collerette absorbante avec de la laine de mouton, à installer autour des plantes particulièrement convoitées (dahlia, hosta, choux, rhubarbe). Imprégner cette collerette de quelques gouttes d’huiles essentielles (l’H.E d’ail est très efficace mais toutes les H.E d’aromatiques fonctionnent aussi). Les H.E. résistent plus longtemps que les purins au lessivages par la pluie.
Une petite dernière, aussi redoutable pour le(la) jardinier(ière) que pour les limaces : l’utilisation de purin de limaces pour arroser le sol autour des plantes. Les limaces ramassées et découpées (pour une fin moins atroce) sont mises à macérer dans de l’eau, dans un pot fermé. L’odeur épouvantable qui s’en dégage obligera l’utilisateur(trice) à opérer en apnée !
Dans le fond laine de mouton et H.E. A l'avant : ail macéré
Achetés dans le commerce ou fabriqués à partir de matériaux de récup, ils empêcheront les limaces d’accéder aux jeunes plants. Il s’agit de systèmes avec des bords recourbés. De simples pots en plastique, genre pots de crème ou de fromage blanc peuvent faire l’affaire. Il suffit de découper le fond et d’installer le cylindre obtenu autour des jeunes plants en l’enfonçant bien dans le sol.
Pour protéger les plantes en pots, l’astuce consiste à coller sur un carrelage, des capsules de bière. Le pot installé au centre échappera à leur gloutonnerie.
Les plantes en pots peuvent aussi être protégées en collant une bande de ruban adhésif de cuivre sur les pots. Ne supportant pas le cuivre, elles ne pourront pas atteindre le haut du pot.
Le filet de cuivre est particulièrement efficace s’il est tout cuivre et mesure 12 à 15 cm de haut (en dessous de 5 cm, il ne sert à rien). Il est à installer autour des plantes ou autour de la planche de culture en le maintenant bien tendu. La difficulté majeure est d’avoir une surface suffisamment plane pour que les limaces ne passent pas au-dessous. Il faut aussi s’assurer que la zone quadrillée soit indemne de limaces ; autrement c’est le loup dans la bergerie !
Une autre astuce consiste à installer vos plantes fragiles (salades, hostas…) dans des bassines en zinc. Les limaces n’aiment le contact avec ce métal. J’ai aussi constaté qu’elles n’escaladent pas les objets rouillés.
Pour les semis, il est utile de les faire en hauteur. C’est une précaution certes mais n’oublions pas que les limaces savent aussi se déplacer à la verticale.
filet de cuivre
La méthode la plus simple mais aussi la plus efficace de toutes consiste tout simplement à les ramasser. Il faudra cependant de l’assiduité, du temps et un peu de courage.
Si la motivation est moyenne, l’opération peut s’effectuer dès la tombée du jour ou très tôt le matin avant le lever du jour. Si elle est forte, c’est deux fois par jour.
Si la motivation est très, très forte, les ramassages à la frontale, seront spectaculaires entre 22 h et 24 h.
Si vous installez des pièges, vous pourrez aussi les ramasser dans la journée ; il peut s’agir d’une vieille planche en bois, un peu pourrie, surélevée avec 2 cailloux et, pour appâts, des rondelles de pomme de terre ou de concombre. La peau d’un pamplemousse vidé, coupé en 2 et muni d’une petite ouverture fera le même effet.
Le ramassage peut se faire à la main, de préférence, avec des gants. Les plus radicaux (ales) se munissent d’un couteau ou d’une paire de ciseaux. Laissées sur place, leurs cadavres serviront de nourriture à d’autres limaces. On peut aussi les donner aux poules et aux canards qui les apprécient ; on peut aussi les exporter dans un milieu naturel (prairie ou forêt) pour le bonheur des prédateurs.
Une nuit
Les concentrés de phosphate de fer, actuellement sur le marché seraient sans danger pour les autres animaux et même pour les vers de terre disent les publicités ! Ces appâts ont un effet coupe-faim ; les limaces l’ayant ingéré ne peuvent plus se nourrir et meurent à petit feu ! Généralement considérés comme sans danger s’ils sont utilisés à la bonne dose, à savoir 5 g (1 cuillère à café) au m2. Par précaution, il vaut mieux les laisser de côté ou les utiliser avec parcimonie et en tout dernier recours.
L’utilisation de nématodes dans la lutte contre les limaces mérite d’être citée parce qu’elle est proposée sur le marché. Les nématodes ph (phasmarhabditis hermaphrodita) sont spécialisés dans le parasitage des limaces. Une fois parasitée, la limace s’arrête de manger au bout de 3 jours et meure au bout de 6 à 10 jours. Il faut 2 à 3 semaines pour avoir des effets significatifs dans le jardin. Mais…il faut savoir que, vivant sous terre, les nématodes ne peuvent atteindre que les limaces réfugiées sous terre. De plus, elles ne s’attaquent pas aux limaces espagnoles de taille adulte (Arion vulgaris), celles qui commencent à supplanter notre commune limace des jardins (Arion hortensis).
Il faut être conscient que l’introduction massive de ce type de nématodes provoquera forcément un déséquilibre dans votre écosystème : les prédateurs naturels quitteront votre jardin. La régulation naturelle ne pourra plus se faire.
Ferramol
Certains remèdes sont pire que le mal car, en perturbant la vie du sol et de ses habitants, ils se retournent contre le jardinier(ière).
Sont concernés :
Ces moyens sont très efficaces pour tuer les limaces mais en leur infligeant une mort particulièrement cruelle. Certes, le jardinier(ière) aime ses plantes et veut les protéger mais rien, à mon sens, ne justifie autant de cruauté.
Les pièges à bière sont très efficaces pour attirer les limaces, parfois de très, très loin ! Si certaines s’y noient, beaucoup en réchappent. Le plus embêtant avec ces pièges c’est que bon nombre de petits auxiliaires y laissent aussi leur vie. Ils sont dangereux pour les hérissons qui, eux aussi, sont attirés par la bière. Une fois alcoolisé, le hérisson perd ses réflexes et devient vulnérable face aux prédateurs et aux automobilistes.
Voici la fin de la saga des limaces. En espérant que ce travail vous sera utile, un peu cette année et encore plus les années pluvieuses. Bon jardinage à tous !
Pour l’équipe « Limace, mon amie… » : Michèle, Marie-Christine, Pierrette