(À l’automne, votre tas de compost ne fait pas que digérer vos épluchures : il affiche complet.)
Quand les nuits fraîchissent, le compost devient un petit coin de paradis. Il est tiède — la décomposition dégage de la chaleur —, humide, plein de nourriture et rarement dérangé : autant dire l’adresse rêvée pour qui cherche où passer l’hiver. Résultat, à cette saison, tout un petit monde s’y installe ou vient s’y mettre à l’abri. Et non, un compost qui grouille n’est pas un compost malade — c’est un compost vivant.
Petit tour du propriétaire.
Le gros du travail est assuré par des locataires discrets : bactéries et champignons d’abord, qui attaquent la matière ; puis une armée de petites bêtes qui affinent le tout — collemboles (minuscules arthropodes blancs), cloportes, acariens (rien à voir avec ceux de la maison, et sans danger pour vous), et bien sûr les vers du compost. On ne les remarque pas, mais sans eux, pas de terreau.
C’est le grand classique de l’automne : en brassant le tas, on tombe sur de gros vers blancs bien gras, et la main se crispe — « des larves de hanneton, vite, on écrase ! ». Erreur.
Dans un compost, ces larves sont presque toujours celles de la cétoine dorée, ce joli scarabée vert métallique. Loin d’être nuisibles, elles font partie de l’équipe : elles décomposent la matière et affinent le compost. Pour ne pas confondre : la larve de cétoine a une petite tête et un gros arrière-train (c’est l’inverse chez le hanneton), des pattes courtes, et elle a l’étrange manie de ramper sur le dos. La larve de hanneton, elle, vit en pleine terre et s’attaque aux racines du potager — pas dans votre compost. Bref : au compost, on laisse ces vers-là tranquilles.
C’est là que ça devient réjouissant, car le compost et son voisin le tas de feuilles hébergent quelques pensionnaires prestigieux — et protégés.
Le hérisson. Dès que le thermomètre passe sous les 10 °C, il cherche un nid douillet pour hiberner : tas de feuilles, de bois, de compost… Or c’est aussi l’un des meilleurs amis du jardinier (grand dévoreur de limaces). D’où un message qui vaut de l’or à cette saison : on retourne le compost à la pelle, jamais à la fourche, on ne brûle pas les tas de feuilles, et on vérifie toujours avant de passer la tondeuse ou le débroussailleur sous une haie. Un coup de fourche ou un feu de feuilles peut être fatal à un hérisson endormi. Et comme il est protégé par la loi, autant le laisser roupiller en paix.
L’orvet. Si vous croisez ce qui ressemble à un petit serpent lisse et brillant, pas de panique : c’est un orvet, un lézard… sans pattes, parfaitement inoffensif. Grand amateur de limaces lui aussi, il adore le compost, où il chasse et vient volontiers hiberner. Protégé lui aussi — et bien plus utile qu’effrayant.
La couleuvre à collier. Plus rare, mais possible : la chaleur du compost en fait un incubateur idéal, et une couleuvre a pu y pondre pendant l’été. Inoffensive et protégée, elle a pour seule défense de… faire la morte, gueule ouverte et langue pendante. Un peu théâtral, mais tout à fait pacifique. La croiser, c’est plutôt bon signe : le gage d’un jardin en bonne santé.
Toutes les visites ne se valent pas. Souris, mulots et surtout rats cherchent eux aussi un abri chaud et un garde-manger facile. Un peu de passage de petits mammifères, c’est courant et sans gravité ; le rat, en revanche, on préfère le laisser à la porte.
La parade est simple : ne pas transformer le compost en restaurant. On bannit les restes de viande, de poisson, les os, les produits laitiers, le pain et les matières grasses — précisément les déchets qui les attirent. On enterre bien les épluchures sous une couche de matière sèche, et on garde un compost humide et régulièrement brassé : c’est le tas sec, tassé et jamais remué qui se transforme en nid cinq étoiles.
Au fond, votre compost d’automne, ce n’est pas seulement une usine à terreau qui tourne au ralenti. C’est une auberge complète, avec ses ouvriers, ses pensionnaires de marque et ses resquilleurs. Un peu d’attention, et vous offrez le gîte — gratuitement — à quelques-uns des meilleurs alliés du jardin. De quoi passer l’hiver au chaud, tout le monde.