Intervenant: Alfred Stock
Thème : « Savez-vous planter les choux… » Semer, planter… petits secrets, astuces partagées pour de belles récoltes.
Situé dans l’enclos des jardins ouvriers au sud de Sélestat tout près du verger-école, le jardin de Marguerite et d’Alfred est un haut-lieu de biodiversité à lui tout seul, de biodiversité et d’excellence puisqu’il a décroché l’an dernier le premier prix dans la catégorie « ensemble collectif de jardins ». Et c’est vrai qu’on attrape le tournis dans cet espace de 151 jardins, surface de 5 ares chacun même si de plus en plus les jardins ouverts à succession sont scindés en deux soit 2,5 ares pour mieux correspondre aux activités multi-tâches des candidats à la reprise. Alfred précise toutefois que la moitié de la surface du terrain est destinée à la mise en culture, le reste pouvant être dévolu au « loisir ».
Ce qui impressionne, après la belle affiche de « plus beau jardin de France » qui orne la porte d’entrée, c’est l’harmonie qui se dégage de l’espace, en lien avec la minutie et le soin apportés à tout être vivant présent sur les lieux : le rosier de l’entrée, « bon à être déterré » lorsqu’ Alfred a hérité des lieux est un joli pied de nez à la destinée : soigné, reconnu et entretenu, il est à présent abondamment fleuri et exhale un parfum délicat et harmonieux qui se retrouvera un peu plus loin dans les allées, preuve que les boutures ont essaimé et bien pris elles aussi ! Car l’âme du jardinier Alfred est aussi prodigue et souriante en évoquant les partages inhérents à son activité favorite.
On comprend bien vite aussi que l’activité est plurielle, car si dans cette parcelle on jardine, on cultive, on sème, on repique, on y bâtit aussi…Il n’y a qu’à voir les montages en terme de « parterres surélevés », bien alignés et qui sont destinés à se multiplier dans les années à venir, car pour Alfred aussi, la terre est basse…Le bâti d’Alfred est aussi une ode à la récupération multi-directionnelle : bois de palette pour le contenant mais aussi des rondins de bois très décomposés ramassés en forêt pour garnir le fond du bac. Par dessus on trouvera des petites branches, des déchets verts (peut-on seulement considérer qu’il s’agit de déchets?), du compost, de la terre de jardin (de haute qualité dans ces lieux confesse le jardinier) puis encore du compost….mais doucement le compost, doucement aussi le fumier au risque de se retrouver avec de grandes feuilles mais zéro fruit….Ça sent le vécu.
Une attention et de la mesure portées à toute chose, puisque Alfred surveille de près ses plantations, n’hésite pas à protéger ses tomates si le soleil est trop présent, respecte scrupuleusement les distances entre les plants de tomates : 50 cm pour les tomates assorties, 60 cm pour les tomates cerises. Il attache les jeunes plants avec un nœud coulant au bout d’une ficelle reliée à un pieu, le pied de tomate sera guidé autour de la ficelle à mesure qu’il croît. Car autour des tomates, Alfred a développé un savoir faire et une passion : il en cultive 60 variétés dont il recueille les graines rangées avec minutie dans un caisson à tiroirs. Le carré (imposant ) des tomates , (en dehors de la variété qui « rampe » et déverse ses fruits vers le bas, comme des géraniums), est surmonté d’une véritable charpente confectionnée avec des pieux de bois patiemment démontée et remontée chaque année. Le tout bien entendu étiqueté et harmonisé avec d’autres plants comme du cèleri, des aubergines, des poivrons ou encore des salades.
Les arbres fruitiers aussi sont présents dans ce jardin d’Eden qui permet à Marguerite et à Alfred d’être en auto suffisance en terme de végétaux…quoique juste à côté du cabanon-serre dans lequel sont élevées toutes les spécialités du jardin dans un agencement parfaitement ordonné, un poulailler propret abrite quelques gallinacés bien soignés. Bien entendu le jardin abrite aussi des petits fruits, muroise, casseillier, groseillier etc….Tout, il y a tout chez Marguerite et Alfred ! Quand on vous aura dit qu’Alfred fait un nœud avec les feuilles de ses aulx pour que les gousses profitent au mieux pour grossir, qu’il produit ses asperges, démonstration in situ avec une gouge bien maîtrisée, qu’il n’hésite pas à se servir d’un hygromètre pour doser les arrosages, qu’il fait pousser ses pommes de terre et ses rattes à même la terre sans les enfouir, mais en les recouvrant d’une épaisse couche de foin, qu’il sème tout en godet et contient son myrtillier avec une poubelle creusée et garnie de terre de bruyère arrosée à l’eau vinaigrée, qu’il se méfie des orties au fond des plantations de tomates ou alors déjà en décomposition, qu’il n’utilise pour sa part que du terreau horticole -on a vérifié, c’est vrai- vous conviendrez que devant tant de savoir-faire, distillé avec simplicité et sans aucun dogmatisme on s’incline respectueusement.
Mais Alfred ne s’arrête pas là et nous emmène visiter d’autres jardins, d’autres façons de faire dont il dit avec modestie qu’il ne saurait pas faire ce qu’on y fait !
Il y a le jardin d’Alice, c’est la championne floristiquement parlant : elle en connaît un rayon sur les fleurs sauvages ou pas, elle qui ne se déplace qu’à bicyclette… ni une, ni deux, si c’est le moment vous partez de chez elle avec de quoi semer ou planter chez vous ! Elle porte le paillage en haute estime.
Le jardin de Ludovic est un jardin bien réfléchi : il est luxuriant tout en étant guidé. Ludovic a pour règle de ne rien faire sortir de son jardin, recyclage optimisé à tous les niveaux, ses aromatiques poussent sur une spirale ascensionnelle bien tournée, faite de tuiles Biberschwanz il s’appuie sur l’écomusée d’Ungersheim pour réutiliser les vieux pots écaillés de poterie de Soufflenheim et de Betschdorf dans lesquels il fait pousser des fleurs, car dit-il autrefois on se servait de la terre (la terre basse) pour y planter ce qu’on peut manger. La terre se devait d’être strictement nourricière et les ornementales étaient contenues dans des pots.
Pour finir, le jardin de Didier, président de l’Association des Jardins Ouvriers de Sélestat (AJOS) qui parle abondamment du livre qu’il vient d’écrire pour marquer les festivités en lien avec le centième anniversaire de l’association. Il parle de l’époque où des vignes séparaient des jardins, lorsque la treille fournissait le breuvage des jardiniers. Il trouve son jardin moins ordonné que d’habitude, j’avoue que je ne saurais pas dire…Il a des chouchous en terme de variétés de semis comme le poireau du Poitou, les nombrils de bonne sœur, une variété de fayots ou encore les yeux de Saint Esprit, des fayots aussi. Il ne plante pas de blettes et les laisse grainer, il est lui aussi autonome en asperges et plante 50 variétés de tomates… Petit joueur comparé à Alfred, mais quand même !
Saurons nous planter des choux après cette visite très instructive, je n’en sais rien…mais nous avons vu de bien belles réalisations, il y a autant de jardins qu’il y a de jardiniers…A nous de trouver notre voie et de créer un jardin qui nous ressemble en cultivant sur les expériences des uns et des autres, les partages, les réussites et les loupés aussi !
AMarie Chipoulet