La tomate russe rouge est-elle soviétique ?

Pendant plusieurs années Alfred et sa femme Marguerite ont fait partie de l’ACJCA. Ces passionnés du jardin, lauréats en 2024 du Concours National des Jardins Potagers, cultivent plus d’une soixantaine de sortes de tomates dans un jardin ouvrier de Sélestat. Ils en ont données des graines à Augustin, qui un jour au printemps dernier m’a dit « Si tu veux, choisis ! » parmi des dizaines de sachets datant d’une bonne dizaine d’années. On peut toujours essayer.

Complètement au hasard, j’ai pris la « tomate russe rouge », sans trop y croire, mais si, elle a poussé, et c’est une merveille : énorme, savoureuse, charnue, un rêve ! C’est une variété tardive (pour cette année ce n’est pas grave), relativement résistante au mildiou paraît-il, à la chair ferme, tendre, sucrée et juteuse, mais sans doute que nombre d’entre vous la connaissent déjà.

En laissant mon esprit vagabonder je me suis interrogée : la tomate russe rouge est-elle soviétique ? Est-ce que la cultiver est politiquement correct ? Mais dans ce cas que penser de la Noire de Crimée ? Existe-t-il des tomates ukrainiennes ? (La réponse est oui : l’Olena Ukrainian, l’Ukrainian Purple, l’Ukrainian Size Pink, la Kibit’s Ukrainian et l’Ukrainian Pear. Mais aucune chez Biaugerme, il faudra leur demander de quel bord ils sont. Allez, je plaisante bien sûr ! ).

Et c’est comme ça que de fil en aiguille j’ai commencé à m’intéresser à l’histoire de la tomate. Pour en savoir plus, j’ai réemprunté à mon amie Pascale un très joli petit livre : La tomate de Jean-Luc Danneyrolles, éd. Actes Sud, collection Chroniques du potager (mars 1999).

Petite histoire de la tomate

Des tomates sauvages poussaient dans les vallées andines (Pérou, Chili, Equateur, Colombie) avant d’être domestiquées au Mexique, puis apportées en Europe par les conquistadors au XVIème siècle, avec le maïs, le poivron, le piment, le haricot, les courges et la pomme de terre (d’accord ils ont détruit les civilisations aztèque et inca, importé la variole, massacré la population, mais que serait notre cuisine sans eux ?).

Elle fut tout de suite adoptée par les paysans méditerranéens, mais au contraire bannie par les savants de l’époque si ce n’est comme plante ornementale, et baptisée tout d’abord Mala insana (pomme malsaine). Son tort ? Etre une solanée, c’est-à-dire une cousine de la mandragore, cette plante de sorcières qui naît du sperme des pendus, du datura et de la belladone.

On raconte que c’est pendant la Révolution que Paris découvre la tomate, en 1793 avec les fédérés de Marseille, et c’est ainsi qu’au cours du XIXème siècle la belle pomo d’oro va petit à petit gagner le Nord, les Etats-Unis (via l’Europe) ainsi que le Maghreb. S’en suivirent deux siècles de diversification, de sélection et d’hybridation… jusqu’à ces pauvres tomates hors sol nourries au goutte à goutte qu’on trouve toute l’année dans les supermarchés.

Voilà un tout petit aperçu du livre de Jean-Luc Danneyrolles (il traite aussi des aspects botaniques, génétiques, horticoles et culinaires) qui se conclut avec cette citation :

La chair des tomates est énorme et sensuelle. (…) O tomates mûres, vous êtes la joie du monde (…). Votre chair âcre et molle est nourrissante comme des seins, rose comme les pubis. (…) Vous êtes des systèmes solaires et des ventres de femmes, des ventres de femmes et les cervelles de la Terre.

Joseph DELTEIL, Choléra, Grasset, 1978.

(Une chair âcre et molle, vous croyez que c’est un compliment ?)

Oui mais la Russie dans tout ça ?

Je n’ai pas trouvé grand chose, si ce n’est que vu la taille du pays il y a le choix des climats, que la Russe Rouge est originaire du sud, que la Russie produit 335 000 tonnes de tomates par an avec des cultures ultra-modernes en serres et qu’il est très compliqué de se procurer des semences, le site ecotomato.ru n’acceptant que les adresses situées en Russie. Heureusement à l’ACJCA il y a Tatiana !

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