Samedi dernier, la Collectivité européenne d’Alsace réunissait à Colmar élus, apiculteurs, chercheurs, référents et simples curieux pour faire le bilan de deux ans de lutte contre le frelon asiatique.
Le décor : l’Hôtel d’Alsace, à Colmar, une salle bien remplie, et un invité que personne n’avait convié mais qui s’est imposé de lui-même en Alsace depuis deux ans — Vespa velutina, le frelon asiatique. L’idée de la journée n’était pas de crier au loup, mais de poser calmement les choses : où en est-on, qu’est-ce qui marche, et comment agir ensemble.
Premier constat, martelé toute la journée : le frelon asiatique est désormais solidement installé, et son appétit a de quoi impressionner. C’est un chasseur d’abeilles redoutable, mais il ne s’arrête pas là : selon les chiffres présentés, un seul nid peut prélever 11 à 15 kg d’insectes en une saison. Multipliez par le nombre de nids d’un territoire, et vous obtenez une ponction massive sur toute la petite faune — avec, en bout de chaîne, les oiseaux et les autres insectivores qui trinquent aussi.
Autrement dit : ce n’est pas seulement un problème d’apiculteurs, c’est surtout un enjeu de biodiversité majeur.
(Le frelon est aussi dangereux pour l’humain à proximité immédiate d’un nid — on y reviendra.)
La matinée a enchaîné les interventions techniques et une première table ronde : pièges sélectifs, suivi des frelons par télémétrie, détection des nids par drones… Après une collation bienvenue, l’après-midi a donné la parole à la science avec une conférence d’Éric Darrouzet, enseignant-chercheur à l’Université de Tours et l’un des meilleurs spécialistes français du frelon asiatique, suivie de trois tables rondes où le ton est monté (gentiment) d’un cran.
Il n’existe pas de solution miracle. Le message est revenu en boucle : aucune méthode ne suffit à elle seule. C’est la combinaison — piégeage raisonné, détection et destruction des nids, protection des ruchers, surveillance du territoire — qui porte ses fruits. Et c’est un travail de longue haleine, pas un coup d’éclat.
La sélectivité, c’est la règle d’or. S’il y a UN point à retenir pour nous, jardiniers, c’est celui-là. Les pièges-bouteilles bricolés et laissés à demeure font des ravages : ils noient sans distinction papillons, mouches, abeilles et frelons européens (eux, bien utiles), pour un très maigre bénéfice côté frelon asiatique. La bonne pratique, ce sont des pièges réellement sélectifs, posés au bon moment et retirés ensuite.
Le terrain et la science ne sont pas toujours d’accord — et c’est sain. Éric Darrouzet a rappelé, données à l’appui, que beaucoup de pratiques répandues (le piégeage de printemps, celui d’automne, l’espacement « idéal » des pièges) ne sont pas validées scientifiquement. Sa position n’était pas « arrêtez tout », mais « expérimentez sérieusement et notez ce que vous observez ». Car l’inaction, elle, reste la pire option.
C’est une affaire collective et de proximité. Réseaux de référents, mobilisation des communes, « mille paires d’yeux » citoyennes, coopération transfrontalière avec le Bade-Wurtemberg (le frelon, lui, ignore le Rhin) : la lutte efficace se joue au plus près du terrain, en réseau.
Les technologies avancent vite. On a vu défiler des drones à caméra thermique couplés à l’intelligence artificielle pour repérer les nids, des puces de télémétrie pour remonter jusqu’au nid, et des pistes de recherche prometteuses — pièges à phéromones (un appât pourrait voir le jour d’ici quelques années) et destruction des nids à la vapeur, sans pesticide.
Le frelon asiatique n’a pas prévu de reprendre l’avion.
Mais entre la panique et le fatalisme, cette journée a montré qu’il existe une troisième voie : observer, agir juste, et le faire ensemble.
N’hésitez pas à vous rapprocher des référents locaux pour leur demander des informations !