Objets inanimés avez-vous donc une âme
Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer?
écrivait le poète Alphonse de Lamartine.
J’aime à penser que les objets, que certains appellent des vieilleries et emportent sans état d’âme à la déchetterie, méritent une nouvelle vie. Je les détourne de leur usage premier et je leur offre une place au jardin pour y vivre paisiblement au milieu des fleurs et des légumes. Je vais vous en présenter quelques uns.
Cabossé, percé, tordu, moche, rouillé, ma vie d’arrosoir utile au jardinier s’est arrêtée un jour brusquement! Mon remplaçant, léger et tout neuf dans son habit de plastique vert a donné toute satisfaction. Et moi?…me direz-vous…C’est un promeneur solitaire qui a aperçu mon bec qui émergeait et qui appelait à l’aide, coincé que j’étais entre des pierres et des feuillages …dans le Giessen! Je fus sauvé et depuis je trône sur une chaise aussi vieille et aussi rouillée que moi dans un paisible jardin.
Tout cabossé.
Lui, je l’ai trouvé il y a bien longtemps sur les hauteurs de Ribeauvillé au bout d’un chemin de terre où je cherchais à faire demi-tour. Quelqu’un avait jeté sur un tas un vieux lit en chêne tout déglingué, tout en pièces détachées. Ni une ni deux, personne à l’horizon, j’ouvre le coffre et je récupère en toute hâte ce morceau qui devait être un montant d’angle . Et hop! On lui trouvera bien une place au jardin, ce qui fut fait quelques jours plus tard comme le montre la photo. Une grosse boule bleue dénichée chez une céramiste de la vallée trône fièrement dans la coupe métallique ( là, elle est encore à l’abri du gel). Petite chute amusante à cette anecdote: nous y sommes repassés le dimanche suivant, quelqu’un avait mis le feu aux morceaux du lit! Dommage…
On ne saura jamais l’histoire de ce lit, si le pied pouvait parler, il en aurait des secrets d’alcove à nous chuchoter.
Un pieu de pieu...
Extrait du Malade Imaginaire, pièce de Molière 1673, Argan lit l’ordonnance de son médecin, le Dr Purgon (!):
« Un petit clystère insinuatif, préparatif et rémollient pour amollir, humecter et rafraîchir les entrailles de Monsieur… »
Mais c’est quoi un clystère?
Les plus anciens d’entre nous auront reconnu l’objet-mystère, un pot à lavement; oui, un clystère est l’ancien nom du lavement. On remplissait le pot d’un liquide, quelqu’un en connait-il la composition?…Eau chaude, eau salée ou autre potion-miracle? On le suspendait en hauteur et la suite des opérations reste du domaine de l’intime. Il faut préciser que sur la photo manque un tuyau souple en caoutchouc et une canule dont l’usage ne vous aura pas échappé!
Il serait peut-être présomptueux de doter ce pot à lavement d’une âme, et pourquoi pas d’ailleurs? Lui aussi en aurait des histoires ô combien sensibles à nous partager! Mais chut…En attendant, je le garnis parfois de fleurs, je crois qu’il est content!
2 litres...mais de quoi?