A l’heure où bleuit la campagne, le jardin m’appelle. Je fais d’abord quelques pas , je redresse une tige penchée, je croque une fraise qui se cache dans le foin, je caresse les douces feuilles des « oreilles d’ours »…Je parle aux plantes, les plantes me parlent.
Je ne suis pas seule, le merle à la pointe du toit s’époumone, fait le beau, lance des trilles, des roulades pour sa belle merlette…et peut-être un peu pour moi. Je m’assieds, mon thé rond fume dans sa tasse, la brise emporte avec elle des parfums de lilas. La fontaine chantonne dans le bassin. Un instant de grâce, le temps suspendu…
Le bleu de la nuit a presque mangé le jour, une étoile s’allume à l’horizon, le croissant de lune sourit au-dessus du noyer. Le merle s’est tu, mon thé est froid, il est temps de rentrer. Les esprits de la nuit se réveillent, laissons-les, ils craignent la compagnie des humains…