» Belle lumière qu’un orfèvre voudrait entourer d’une pierre…
Douce courbe le long du lierre, lente verdure robuste
qui s’étire et qui s’étale… » d’après Rainer Maria Rilke, début du XXe siècle.
Hedera helix c’est mon nom botanique. Efeu en allemand, Ivy en anglais, tout le monde me connait. Je suis une liane grimpante, je ne perds pas mes feuilles en hiver; dans mon épais manteau, j’abrite insectes et oiseaux. Certains esprits chagrins m’appellent « bourreau des arbres », je proteste, je ne suis pas une plante parasite! Je m’accroche sur mon support avec des crampons mais je ne me nourris que des nutriments du sol au travers de mes racines.
Mon cycle de vie va à contre courant des autres plantes du jardin. Je fleuris à l’automne, les butineurs me remercient car je suis la dernière source de nourriture avant les frimas. Mes fruits arrivent à maturité à la fin de l’hiver, aidant les passereaux à survivre aux rudesses de la météo. En revanche, humains, ne consommez pas mes baies qui sont extrêmement toxiques.
Je peux vivre une centaine d’années et même plus dans de bonnes conditions.
Les druides me vénéraient, je suis le symbole des forces vitales, de la longévité et de l’amour constant.
Je suis très costaud, je me faufile partout, je peux même soulever de vieilles pierres…oui, je sais ce n’est pas bien.
Quand je me plais quelque part, je suis pris de folie et je pousse , pousse, pousse! Il faut me freiner, car je risque d’étouffer un arbre par exemple en l’empêchant de recevoir de la lumière, si je l’embrasse trop fougueusement!
J’absorbe l’excès d’humidité, je protège l’arbre des attaques de champignons et autres bactéries, mes feuilles mortes qui se décomposent au sol forment une litière nourricière pour l’arbre, j’abrite des centaines d’organismes vivants, bref, je n’ai pas peur de clamer sans rougir que je suis un acteur incontournable de la biodiversité!
un rêve de lierre...Thérèse
Il y a quelques jours, une tempête musclée a traversé la France et des vents puissants ont ébouriffé les jardins. Moi, le lierre, j’en ai vu d’autres…et pas des moindres! 1999 par exemple!
Il y a bien longtemps, alors que je n’étais qu’une tige maigrelette, je me suis cramponné à un arbre qui se trouvait là et nous avons cohabité en bonne harmonie tant d’années…comme un vieux couple, nous soutenant l’un l’autre. Qui soutenait qui? Au fil du temps, difficile de le dire. Mon copain, le résineux donnait des signes de fatigue et moi, je l’entourais au mieux pour le protéger. Et ce jour de tempête, il a baissé les bras et dans un grand craquement, il s’est abattu sur le chemin, m’entraînant avec lui. Notre collaboration a pris fin, le chemin de vie des plantes ne ressemble-t-il pas à celui des humains? Une aventure végétale à méditer…
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