Devenir Guide Jardins Vivants
12 Avril 2025
Intervenants : Pierrette Wachenheim et Augustin Frigeni
Thème : Des plantes au service des plantes :
macérations, infusions, décoctions
Comment faire et posologie
C’est en ce samedi bien printanier que nous nous sommes retrouvés dans le jardin de Pierrette pour découvrir « comment les plantes peuvent réparer les plantes » ! L’idée étant d’extraire les principes actifs des plantes sauvages aux propriétés intéressantes comme l’ortie, la prêle, la consoude…
L’endroit en soi est magique, car lové près d’un délicieux petit ruisseau, tout en terrasses où cohabitent une basse-cour mouvante menée par un canard blanc fier sur ses pattes répondant au prénom à dimension planétaire de « Donald », deux moutons, Moutmout et Tamtam, et tant d’espaces aménagés correspondant tous à un projet bien précis à développer sur une année jardinière, parfaitement cartographiés et échelonnés dans la tête de Pierrette.
Magique aussi, car Augustin nous fera la confidence, lors d’une absence de Pierrette, l’endroit correspond à une ancienne friche industrielle, inapte à toute mise en culture, et que par sa ténacité, son enthousiasme et son savoir-faire patient, minutieux et documenté, Pierrette a tiré de son infertilité et de sa dégradation pour en faire un véritable « jardin vivant ». Un succès remarquable !
Soigner des plantes par les plantes, cela va de soi à l’ACJCA et cela s’anticipe en prenant soin de la terre. Augustin fait une démonstration en « live » de purin d’orties. Les orties sont là, fraîchement cueillies (pas de cueillette en plein soleil) bien qu’un peu rachitiques en ce début d’avril.
On les coupe, en se servant de gants et d’un sécateur ; on garde ou pas les racines, on les pose sur un carré de tissu type voile de forçage ou géotextile de 1 m² en y plaçant un galet, on remonte les coins qu’on solidarise avec un morceau de ficelle et on trempe la poche obtenue dans un seau d’eau de pluie. La poche est remontée une fois par jour pour homogénéiser la mixture. La fermentation démarre très vite et peut durer une dizaine de jours au bout desquels les bulles ont disparu à la surface et on peut utiliser le purin sans avoir à filtrer puisque les plantes sont retenues par le carré de tissu.
On compte de manière générale 1 kg de plantes fraîches (ou 250 g de plantes séchées) pour 10 litres d’eau pour la confection du purin d’orties ou de toute autre plante: consoude, pissenlit, prêle, fougère etc…Pour l’utilisation du purin au jardin, on préconise une dilution à 10 %.
Le macérat obtenu est à utiliser dans les quinze jours, mais Augustin affirme qu’il lui est arrivé de le garder d’une année sur l’autre en le stockant dans des contenants opaques maintenus à l’écart de la lumière et de la chaleur et en prenant soin d’expulser l’air du récipient.
Quant à la bouillie d’orties, elle ira rejoindre le compost.
On utilisera le purin d’orties en pulvérisations foliaires , dilué à 5 /100, soit en arrosage à 10/100, après la plantation ou tout au long de la croissance de la plante. Le purin d’orties est un antifongique préventif et s’emploie contre le mildiou. On peut s’en servir aussi sur les semis à croissance longue pour pallier l’appauvrissement du substrat.
Il est important d’anticiper en préparant le purin dès que les orties ont poussé et ainsi d’avoir le traitement lorsque le besoin s’en fait sentir. On peut aussi créer un purin en associant deux, trois voire quatre bases. Exemple : purin d’orties, purin de consoude et cendres. La règle reste la même : le volume total de principe actif ne doit pas dépasser 10 % du volume total.
Dernière précision : on obtient une macération lorsqu’on trempe des plantes dans de l’eau froide pendant une journée, voire plusieurs journées et qu’on filtre. On obtient un purin lorsqu’une fermentation intervient ce qui peut prendre plusieurs semaines (selon la t°).
Après les travaux pratiques, Pierrette prend le relai pour un cours théorique sur les infusions et les décoctions.
Pour faire une infusion de plantes, il faut tremper 1 poignée de feuilles / l d’eau de pluie froide, porter à ébullition, laisser refroidir puis filtrer et stocker quelques jours au frais avant utilisation.
Une décoction s’obtient en trempant les feuilles coupées en morceaux durant une journée puis en portant à ébullition durant 15 à 30 mn (s’il y a des parties ligneuses, la durée sera plus longue). On laisse refroidir , puis on filtre.
Macérations à froid, infusions et décoctions ne se conservent pas.
Indications :
la prêle, riche en silice ne s’utilise qu’en infusion ou en décoction. Elle aide les plantes à se renforcer et à se protéger contre les maladies cryptogamiques. Elle est préventive contre le mildiou.
l’ail et l’oignon ont des actions anti fongiques tout comme la sarriette
le purin de tomates (utiliser les gourmands) permet de se débarrasser de ravageurs comme l’altise, la piéride du chou, la teigne du poireau ou la mouche de la carotte et sert d’insecticide sur les pucerons.
pour renforcer les plantes, il convient d’utiliser l’ortie, le pissenlit et la consoude.
les insecticides naturels se trouvent dans l’ail, le pyrèthre, la fougère et la tanaisie.
l’euphorbe aussi est un bon répulsif, mais son latex est toxique pour les humains. Lui préférer le lierre ou la capucine.
la rue a des vertus anti limaces, sujet hautement sensible après l’année 2024 qui a vu exploser les attaques de ces gastéropodes sans coquilles et faire le désespoir de bien des jardiniers mais elle est hautement photosensibilisante ! Pierrette précise que la rue, tout comme le persil ont été interdits par l’Église (campagne d’arrachage) en raison de leurs vertus abortives…
le jus du lombricompost : est un excellent engrais, riche en nutriments. On l’utilise dilué toujours à 10 % pour renforcer l’immunité des plantes. Il est également possible de faire un thé de compost (classique ou lombricomposteur) avec 1 kg de compost pour 10 l d’eau à laisser macérer 1 à 2 semaines.
enfin l’urine concentre bien des qualités : c’est un fertilisant de haute qualité qui permet d’obtenir un sol riche. Un litre d’urine apporte 6 g d’azote, 1 g de phosphore et 2 g de potassium.
Pierrette et Augustin déversent 5 à 5 l d’urine non diluée au m² dans leurs potagers à partir de février. C’est la fertilisation de fond. Par la suite, lorsque les plantations ont en place, on peut procéder à une fertilisation d’entretien, diluée à 20 /100, environ une fois par mois.
Pierrette résume son mantra d’experte en quelques mots : si un sol est bien équilibré, on évite les maladies. Plus on prend soin des plantes, et plus elles auront d’énergie pour se soigner avec leurs propres ressources.
Etape suivante : Pierrette replante ses tomates en live toujours. Elle utilise un mélange composé de 1/3 de terre de son jardin, de 1/3 de compost et de 1/3 de terreau. Son secret : elle « cuit » son mélange au four , 45mn à 100°… Augustin précise qu’il utilise pour sa part du terreau de semis qu’il se procure dans le commerce et conseille d’éviter le terreau contenant de la tourbe, matière naturelle non renouvelable. Pierrette, comme Augustin exposent leur manière de faire, enjoignant chacun à faire ses expériences au fil du temps rejoignant ainsi le précepte de Bouddha : « Ne croyez rien de ce que je dis. Expérimentez ».
Augustin au demeurant, avec une modestie non feinte a reconnu avoir « loupé » sa deuxième série de semis de tomates, sans explication…fonte des semis ça s’appelle ! Merci pour cet aveu en toute simplicité et honnêteté ! C’est ça aussi, jardiner !
Tous deux s’accordent à dire s’agissant des replants de tomates et même des semis : il faut de la hauteur de terre sous la graine puis sous les racines. Au moment de replanter, il ne faut pas hésiter à bien enterrer la tiges car de nouvelles racines vont ainsi se créer. On laisse la place aux racines pour se déployer vers le bas et éviter que les tiges aériennes ne filent vers l’azur. Pour ce faire aussi, il est indispensable d’arroser par le fond pour que les racines aillent puiser l’eau en profondeur.
Adages que j’ai mis en pratique l’après-midi même alors que les fleurs de cerisiers se délestaient de leurs pétales et créaient à mes pieds un tapis neigeux printanier du plus bel effet ! C’est ça aussi jardiner…
AMarie Chipoulet