Ah les limaces, mes rdv réguliers des 24h. Elles me manqueraient ces petites bêtes si je ne les avais pas dans mon jardin. Un jeu de cache-cache rempli de surprises et de succès, enfin, presque ou… bon, j’y travaille encore !

Ce matin, comme hier et avant-hier.

Lorsqu’au réveil, je prépare mon eau chaude pour la tisane du petit déjeuner, je me dis « et si j’allais vite chercher les limaces, le temps que l’eau bout. » Je me couvre un peu par-dessus le pyjama, histoire de ne pas dévoiler mes formes au voisin et je me lance. La position courbée est la meilleure ! Courbée vers l’avant avec un déhanché d’abord vers la gauche puis vers la droite et des yeux qui tourne à 200 degrés, je scrute le premier carré. D’abord globalement, histoire de voir les plus visibles en premier. Je les décolle avec précaution car, par expérience, je sais qu’elles se laisseront tomber aux premiers soupçons. Dans ma grande bassine, prise au départ, je les jette d’un coup sec car elles collent aussitôt sur ma main. Puis, j’aiguise mes yeux de plus en plus et c’est là que je vois les bouquets brun orangé. J’éprouve un vrai sentiment de satisfaction d’être venue juste à temps pour les dénicher et sauver mes panais. D’autres se dévoilent plus solitaires lorsque je me baisse au même niveau que l’oiseau. Je les aperçois là, sous les feuilles, et celles qui toutes fines imitent les tiges. En les ramassant, je me concentre bien à fond pour les prendre avec tous les doigts d’une main, formés en cercle, sans les laisser m’échapper car si, par malchance, je place mal les doigts ou si je frôle sa voisine d’à côté, hop celle-ci se laissera tomber dans le paillage. Et là, tu peux y aller pour la retrouver ! Les feuilles mortes au sol, surtout celles du cerisier ont leur même forme et leur couleur orangée ou brune, certains petits bouts de bois ou de paille aussi et, s’il pleut, elles ont aussi leur même brillance. Alors je tâtonne chaque brin du paillage, chaque truc brun orangé avant de la sentir d’un coup sous mes doigts, ah oui c’est elle, bien gluante, haha je l’ai trouvée, ouf. Les limaces ont le talent de se laisser tomber au sol pour ensuite très vite s’y enterrer. Là, dans le sol, l’oiseau ne les retrouvera plus, elle le sait. Maline. Pourtant, si une taupe pouvait passer par là, même si aveugle, avec son odorat puissant, elle la trouverait aussitôt pour croquer le juteux mollusque. Et, pendant ce temps, dans ma passion, j’oubliais de voir ce qui se passe dans ma bassine et là, je les vois, montées jusqu’au bord, scrutant l’horizon avec leur jolies 4 cornes pour décider à se lancer. D’autres sont déjà sur les côtés extérieurs, voir sous la bassine. J’ai beau les remettre dans le fond, elles redoublent de persévérance et remonte aussitôt sur les bords. Elles sont de plus en plus rapides. Je décide alors je vider la bassine. D’ailleurs, j’ai fini le tour du jardin et je pense les avoir toutes trouvées. Mon jardin est entouré du mur d’enceinte fortifié de plus de 3m de haut de mon village médiéval. Je les prends donc par petites poignées, mais délicatement, sans leur faire mal, et je les lance de toutes mes forces, par-dessus le mur, espérant que leurs petits corps mous supportent le choc. Je suis devenue une spécialiste du lancer de disque entre temps, c’est l’entrainement qui fait cela, vu les années. Quoique l’an dernier, je me souviens, je commençais à avoir sacrément mal dans l’épaule droite, à force de lancer d’un coup très fort et qui n’est pas bon pour mon articulation. Bref, cette année je dois trouver le bon dosage. Je choisis des endroits différents pour les y lancer, histoire de bien les répartir de l’autre côté du mur dans une prairie appartenant à la commune. Je pense y nourrir les hérissons, crapauds, orvets et carabes qui y sont de passage. Toutefois, j’entends les oiseaux nichés dans le grand arbre et qui piaillent depuis un moment lorsque je fais mes lancés et je me demande s’ils ne m’ont pas observé dans mes gestes quotidiens et réguliers de lancer de mollusques. Il semblerait qu’ils ont repéré que c’était un moment de nourrissage et qu’ils me guettent. C’est comme s’ils se disputaient pour être les premiers pour les attraper au vol comme les poules qu’on appelle « Venez, venez les petites, bibibibi venez picorer vos graines ». Dans la bassine il ne reste plus que l’épais mucus laissé par les mollusques. Autant d’humidité et de liant qui manquera au sol du jardin, dommage.

Au retour vers le jardin, après le lancer, au-delà du mur, je ne peux m’empêcher de regarder à nouveau les feuilles des plantations, en passant, près des allées et que ne vois-je pas, des limaces toutes grosses. Comment ai-je pu les louper ? J’y vais vite pour les ramasser et là, une autre et puis 3 autres et finalement 7 de plus ! Je refais donc le jardin en sens inverse et c’est à nouveau une bassine qui se rempli avec une bonne vingtaine de limaces. Je retourne faire mon nourrissage au-delà du mur. En revenant, sans jamais résigner, je regarde à nouveau les plantes, cette fois d’un regard plus distancé, espérant que cette fois-ci je n’en revois plus, hélas comme par magie elles sont là, bien crampées et collées aux feuilles des pommes de terre, incroyable. Mais où donc étaient-elles tout à l’heure ? j’étais pourtant passé à cet endroit et j’avais bien regardé dans tous les sens, toujours en position courbée, tordues en position oiseau ou hérisson, mais je n’en avais plus vu. Alors, comment avait-elles fait ? Mystère ! Allez, une dernière tournée au jardin mais, après cette tournée, je ne regarderai plus ! Fini pour ce matin ! Je veux prendre mon petit déjeuner. Je vais donc vite les jeter par-delà le mur et puis je rentre en passant cette fois-ci non pas par le jardin mais par la cour et où je ne pourrai plus les voir. C’est là que je m’aperçois que j’avais passé une bonne heure pour la cueillette, que j’avais faim et que j’étais mouillée sous la pluie, que mes pieds et mes oreilles étaient glacées. Je monte vite dans la maison mettre mes grosses chaussettes de laine et je prends une dose d’oscilococcinum pour ne pas entièrement prendre froid. Je fais enfin ma tisane avec l’eau qui n’était plus chaude. J’y retournerai faire une petite pause en journée et aussi plus tard bien sûr, à la tombée du jour, avant la dernière tournée ce soir : à la tombée de la nuit. La saison s’annonce bonne : environ 222 limaces par jour ! Quel sentiment de satisfaction quotidien. Il faudrait des médailles de « Sauveteur des récoltes » ou de « Grand prédateur de limace ».

Ah mais comme je les admire ces petites bêtes, elles sont fortes et si résilientes. Chacune a son petit caractère et ses habitudes. Elles sont si différentes. Il y a les grosses bien gonflées en boules, les énormes rouges bien allongées, les superbes tigrées qui sont même protégées, et puis les malines moyennes et enfin les très discrètes petites noires ou grises tant redoutées. Il y a celles qui broutent en collectif et les plus solitaires. Les matinales, et celles du soir. Celles qui broutent près du sol et celles qui aiment les cimes. Mais, ensemble elles dévoreraient tout au jardin, les fleurs, les légumes, les feuilles fraîches et jeunes, les vieilles feuilles, les sucrées, les acides, les végétaux divers et variés en décomposition . Chacune a sa préférence et je pense qu’elles aiment aussi changer tous les jours de paysage et de menu dans leur assiette. Il y a celles du matin vers 7h, celles du jour à l’ombre, celles du soir entre 19 et 21h, celles qui dorment dans les oyats, celles qui préfèrent s’enterrer ou celles qui se cachent sous les planches mais aussi celles qu’on ne voit pas. Elles sont pourtant forcément là car, même si je ramasse avec fierté et de justesse celle qui aurait pu dévorer cette même feuille de chou, le lendemain la feuille que je j’avais pourtant défendue la veille comme la prunelle de mes yeux, n’est plus qu’une dentelle aux mille trous !

Vers 16h l’envie soudaine me prend pour une petite pause jardin, histoire de me dégourdir un peu les jambes. Pas une heure de grande fréquentation normalement. Néanmoins, accro, je n’arrive pas m’empêcher de scruter les plantes. Et, ça n’a pas tardé ! Voilà que mon œil aiguisé repère 4 belles limaces. Encore sur mes pommes de terre, mais cette fois-ci aussi sur la blette ! Les pauvres ne devaient pas se douter qu’une jardinière prédatrice serait de passage à l’heure du goûter. « Que diable vient-elle faire au jardin à cette heure-ci ? » devaient-elles se dire. « Ne peut-elle pas s’asseoir pour un « Kaffekrenzel » comme tout le monde ? Et pourquoi avons-nous choisi de sortir à une heure aussi tôt dans la journée ? Les voilà regrettant amèrement de ne pas avoir attendu la tombée de la nuit comme certaines copines ! Je soupçonne qu’elles savent que la plupart des prédateurs de limaces sortent surtout tôt le matin ou tard le soir pour se nourrir et nourrir leurs couvées.

Hélas, pour moi jardinière à Dambach-la-Ville, village médiéval entouré d’un mur et fossé d’enceinte, les prédateurs naturels comme le hérisson, l’orvet, la couleuvre, la taupe, la musaraigne ou le crapaud ne peuvent franchir cet obstacle insurmontable et envahir mon jardin. Il n’y a que les carabes, les lézards et certains oiseaux ici. De plus, des oiseaux, il y en a de moins en moins. Je l’entends bien le merle chanter si mélodieusement du matin au soir mais que fait-il donc des limaces ? Apparemment il préfère déterrer les vers de terre ! Hélas il y a aussi le gros chat du voisin ! Aucun lézard ne lui échappe et rare sont ceux qui ceux qui possèdent encore une queue. Comme je ne veux pas de poison qui en plus empoisonnerait ces rares survivants, je suis bien obligée de revêtir un rôle de prédateur. Et hop, je balance les 4 par-dessus ce même mur qui fait barrage aux vrais prédateurs naturels, c’est un comble ! Eh oui, les pauvres limaces ont ici un prédateur autrement redoutable : une retraitée !

Tiens c’est vrai çà, et si j’y allais aussi cette nuit avec ma lampe de poche ? Une retraitée a tout son temps n’est-ce pas ? et puis, quel passetemps plein de satisfaction ! Vivement la journée de ramassage de demain.

 

Danièle

L'auteur

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