J’avais une dizaine d’années quand notre maîtresse nous a parlé des hortillonnages.
J’avais une quinzaine d’années quand lors d’un voyage en train j’ai aperçu de loin ces fameux hortillonnages. Et ce fut une révélation…Ainsi donc, ce qu’on nous raconte à l’école existe vraiment! Je n’avais jamais voyagé et c’était une autre époque où à l’adolescence, on était encore bien naïf!
Mais que sont donc ces hortillonnages que j’ai enfin pu voir de mes propres yeux cet été?
Ce sont 300ha de terrains sillonnés par des bras de la Somme qui s’alanguissent paresseusement autour de la ville d’Amiens. Voués depuis plusieurs siècles aux cultures maraîchères, ces terres tirent leur nom du latin « hortus« =jardin ( hortensia, horticole, Hortense…). En pays picard, le maraîcher est dénommé l’hortillon.
C’est sur une barque traditionnelle à fond plat que nous entamons la balade. Appelée également « barque à cornet« , c’est une embarcation « au nez retroussé » qui facilite l’accostage. Le moteur est silencieux pour ne pas effaroucher les dizaines d’espèces d’oiseaux qui colonisent cet écosystème. Nous glissons au fil de l’eau, le guide est un membre de l’association d’utilité publique qui veille à la protection de ces îlots alluvionnaires. Nous écoutons ce passionné tout en admirant la faune et la flore.
Berges fleuries par le propriétaire de la parcelle.
Depuis plus de 700 ans cette zone est exploitée. La ville d’Amiens tira profit de ce marais qui enserre la cité en y extrayant d’abord de la tourbe, puis en utilisant ces îlots de terre fertile pour de la culture maraîchère. Les hortillons (maraîchers) s’y déplaçaient en barque et vendaient leurs légumes à la population locale sur les marchés et même directement au bord de leur parcelle. Malheureusement en déclin, cette pratique ne compte plus en 2024 que 7 hortillons qui vivent de leur terre. Seuls 36 ha sont encore exploités. Le reste est mis en valeur et entretenu par des particuliers pour des espaces de villégiature. Aucune construction viabilisée n’est autorisée, seuls des cabanons de jardin sont visibles de ci, de là. L’entretien des berges et leur consolidation incombent aux riverains.
Le goût des acheteurs pour la consommation de légumes bios semble ces derniers temps redynamiser le maraîchage dans les hortillonnages, le tourisme également est un soutien non-négligeable pour que perdure ce vestige venu du passé qui se réduit comme peau de chagrin.
Le cabanon du dimanche.
Il s’en est fallu de peu que tout cela disparaisse au profit d’une rocade qui devait desservir la ville d’Amiens. Ce projet de la municipalité en place en 1974 fut abandonné grâce à la mobilisation d’une partie de la population et la création d‘une association d’utilité publique qui veille au grain, actuellement encore. Même si ces hortillonnages sont une belle attraction touristique, leur existence n’est pas du goût de tout le monde et les relations avec les municipalités qui se succèdent sont parfois houleuses!
Souhaitons que les générations futures puissent encore admirer ce havre de paix et de biodiversité. Et que la cupidité des hommes leur en laisse la possibilité…
Calme et sérénité.