Ouvrez l’oeil, elle va bientôt pointer le bout de son nez, j’ai nommé la fausse renoncule, de son nom savant Ficaria verna. Adventice commune, vous l’avez déjà croisée évidemment. Elle apprécie les sols frais et se multiplie à l’envi. Cousine du bouton d’or, elle n’est pas comestible, il vaut mieux l’éviter car elle contient des alcaloïdes toxiques.
Cette discrète petite fleur de printemps émaille les jardins de jolies taches jaune vif. Pourquoi donc les anciens l’avaient-ils surnommée « testicules de chien », « couilles de chat » , « testicules de coq » et même « testicules de prêtre » ? Je vous avais prévenus! Ce n’est pas au-dessus de la terre qu’il faut chercher, mais bien en dessous. Les racines de la ficaire comportent des chapelets de petits granulomes (renflements) qui ressemblent à des verrues, des hémorroïdes miniatures…Vous visualisez?
On comprends mieux pourquoi elle se nomme ficaire, du latin ficus, fic: verrue, hémorroïde.
Et selon la théorie des signatures, elle est censée soigner les hémorroïdes.
Toute belle avec ses feuilles en forme de coeur.
C’est un mode primitif de compréhension du monde végétal. Dans les temps reculés, nos ancêtres se fiaient à l’apparence des plantes ( forme, couleur…) et en déduisaient un usage et un pouvoir thérapeutique.
Quelques exemples:
la sagittaire ses feuilles en forme de flèches passaient pour pouvoir guérir les blessures lors des combats.
la vipérine censée guérir les morsures de serpent, ses graines ayant la forme de la tête de la vipère.
la chélidoine la couleur du latex qui s’écoule de la tige oriente tout naturellement vers un remède contre la jaunisse ( la chélidoine est plus connue pour soigner les verrues)
la centaurée-bleuet le bleu céleste de ses fleurs conduit vers des soins pour les affections oculaires. etc
Les exemples sont nombreux, et même si les progrès scientifiques ont battu en brèche ces croyances , certaines ont la vie dure et font encore partie de la pharmacopée de « grand-mère ».
Bleu céleste.
Une ancienne croyance avait cours dans nos campagnes. On suspendait souvent un bouquet de ficaires à l’entrée des étables. Les renflements sur les racines évoquaient les tétines des vaches , ce qui aurait favorisé une bonne production de lait. Même le beurre avait une couleur plus jaune par simple voisinage des ces petites fleurs. Croyance de nos ancêtres…
Au bon beurre!