Les apprentis jardiniers au naturel de la promotion 2024-2025, ont compris, à mesure que les journées allongeaient début 2025, que les semis de tomates c’était le truc pointu, à ne pas rater !
Les graines livrées, on sentait une effervescence certaine gagner les « anciens » avec des dates « tomates » à ne pas rater, avec des semis très précoces à mettre en route, car les ateliers pour la rencontre Lilaveronica allaient prendre beaucoup de temps et d’énergie…Bref pour un jardinier qui se respecte, anticipation est le maître mot !
Alors pour les béotiens que nous étions (enfin, pas tous car vous verrez qu’il se cachait l’un ou l’autre expert-e dans le lot) nous suivions avec attention des démos-consignes en temps réel, pince à épiler à la main, le « sachant » nous initiait à la mise en petit pot individuel des petites, très petites graines, peu après l’Epiphanie et alors que les lumières de Noël n’étaient pas encore toutes décrochées… Du soin, de la minutie, de la rigueur; tout est paramétré pour un résultat optimisé. On sélectionne des pots de couleurs variées, on marque des petits pics à brochettes en bois, on rassemble les espèces identiques sur des supports numérotés, annotés, le tout consigné dans un cahier de suivi qu’on garde sous la main, on est attentif à toutes sortes de choses, comme les gels de Mars, redoutables apparemment, on veille au terreau de semis, on respecte les proportions (60 % de terre de jardin tamisée, 30 % de terreau à semis et 10 % de sable ou de gravier) ou encore, on met le terreau au four, 180° pendant 1 heure..Le terreau de replant ne nécessitera pas d’attention particulière.
Bien sûr, en fonction de la météo, dès lors qu’on a lancé le processus des semis, on guette les rayons de soleil, on transfère les petits godets qu’on expose aux rayons de l’astre lumineux et on rapatrie au plus vite lorsque les vents sont contraires, le tout sans entrechoquer les petits pics qui pourraient migrer au gré des déplacements ou, pire, c’est arrivé : un chat, animal pourtant réputé délicat et soigneux, a aplati les pics dont on ne savait plus à quels pots ils étaient destinés !
Un autre aventurier des solanacées a convoqué sa fille de 10 ans et sa nièce de 5 ans à un atelier- semis et s’est vu débordé par l’ardeur des fillettes qui ont épuisé son stock de graines en les semant méticuleusement sans se lasser : il s’est retrouvé avec 300 plants qui se sont tous développés et comme il reconnaît de la dignité à tout végétal vivant, il les a conduits au bout de l’aventure, distribuant les plants autour de lui lorsque son potager criait grâce, et continuant à alimenter ses amis et son voisinage de fruits délicieux en cette fin d’été !
Les jardiniers qui ont investi dans une serre reconnaissent le bien fondé de cet élément annexe dans un jardin, même s’il a fallu apprendre à gérer l’aération pour éviter toute condensation. Un des jardiniers adeptes de la serre avoue en toute simplicité avoir récolté un exemplaire de plus de 600g ! Chapeau l’artiste !
Pour d’autres, c’est un tunnel qui a permis un développement optimisé des tomates cerise, dès la fin juin. Autre succès pour ce jardinier pas novice à vrai dire, il a très bien réussi ses tomates séchées cette année et a profité d’apéritifs améliorés avec sa propre récolte. Précisons que lui, achète ses plants, mais personne ne l’en blâmerait !
Une autre encore, a laissé faire la nature avec un résultat mixte alliant plantes rampantes et grimpantes, sous serre : un contraste saisissant avec le carré de tomates du voisin, carré, lui, en terme de contrôle de la végétation puisque ses rangs de tomates sont alignés comme des vignes en Alsace : rien ne dépasse ni en hauteur, ni en largeur ou en profondeur. Et qui plus est, il réussit l’exploit de produire des tomates sur 3 niveaux, aucune des tomates n’ayant l’insolence de toucher terre ou d’émerger du plant !
Enfin, je vous avais promis une anecdote d’experte et effectivement, une stagiaire a semé des graines de sa propre récolte 2024 avec un succès réel, c’est une habituée de l’exercice ! Mais ça aussi, on nous a indiqué le process : il « suffit » de collecter des graines d’une belle tomate dans un verre avec de l’eau ou du jus des tomates, de faire sécher au soleil en prélevant les moisissures, vous versez dans une passoire, vous nettoyez puis vous faites sécher à l’abri de la lumière…Simplissime !
D’aucun jardinier plutôt expert a reconnu avoir loupé 2 semis sur les 3 réalisés, et avoir un foisonnement important mais un mûrissement lent. D‘autres encore relatent un démarrage tardif du mûrissement à la mi-Août, puis une accélération obligeant à très vite consommer les fruits ou bien à les préparer pour les conserver.
On signale quand même pour les connaisseurs de la chose-tomate transalpine, la surveillance comme le lait sur le feu de la variété « Suzanne » qui trouve sa place sur la table des fêtes de fin d’année et pour laquelle il est indispensable de recueillir les graines pour arriver au résultat escompté…et tant pis si le goût n’y est pas vraiment, l’essentiel étant que la tomate soit présente au moment voulu!
Alors oui, le « parler-tomates » est un vrai sujet pour quiconque se lance dans une aventure potagère, on aime tous comparer ses plants à ceux du voisin…et on se questionne sur ses trucs, ses compétences, on suscite éventuellement soi-même des regards envieux d’autres voisins, qui sait ?
Le mot de la fin revient à mon voisin de plus de 90 ans, expert en potager puisqu’il a débuté un petit carré de production vivrière à 6 ans: il faut reconnaître qu’il a manifesté une certaine appréhension lorsque je lui ai parlé de ma détermination à faire des semis de tomates. Généreux comme du bon pain il m’a dit que je pourrai prélever sur ses propres plants si l’affaire tournait mal ! C’est vous dire si j’étais fière lorsqu’il a planté avec des précautions inouïes mes plants aboutis ! Il m’a dit aussi qu’une année comme 2025, il n’a encore jamais vu … juste que depuis que je le connais il dit ça chaque année ! J’en déduis très humblement que chaque année est exceptionnellement unique, que mettre une petite graine en terre et récolter ensuite un fruit comestible est magique et que ça mérite bien de prendre soin du vivant autour de nous ! On s’y attelle !
AMarie Chip