Saint François d’Assise, saint patron des animaux, de la paix, de l’écologie

Le 4 octobre, fête de saint François d’Assise, marque cette année les 800 ans de sa mort. Longtemps connu comme le saint patron des animaux et de la paix, il est aussi un sujet répandu de statuaire de jardin et de mangeoires à oiseaux. Au XXe siècle, il commence à accumuler des patronages officiels qui reflètent les préoccupations de leur époque. En 1939, le pape Pie XII le nomme saint patron de l’Italie, aux côtés de sainte Catherine de Sienne, dans une Italie fasciste soucieuse de consolider l’identité nationale autour de figures religieuses autochtones. Le même pape le nomme saint patron des marchands italiens en 1959, dans le contexte de la reconstruction économique d’après-guerre. Puis le pape Jean-Paul II, en 1979, le nomme saint patron de l’écologie, alors que l’environnementalisme devient un mouvement mondial reconnu, en quête d’un saint patron.

Cette filiation se poursuit jusqu’à nos jours. En 2013, le cardinal Jorge Mario Bergoglio choisit le nom de François lors de son élection, en évoquant l’engagement du saint pour les pauvres et pour la paix ; deux ans plus tard, son encyclique sur l’environnement emprunte son titre, Laudato si’, au refrain du Cantique des créatures de François lui-même. En septembre 2025, pendant le Temps de la Création, qui s’achève chaque année le 4 octobre, jour de la fête de saint François, le pape Léon XIV a inauguré à Castel Gandolfo le Borgo Laudato Si’, un centre consacré à l’écologie portant le nom de l’encyclique de son prédécesseur.

Saint François d’Assise et l’écologie

Le mot « écologie » sert souvent de terme fourre-tout, comme synonyme d’« environnement ». Or l’écologie est l’étude des relations entre les organismes vivants et leur milieu. On étudie par exemple comment une population de hérissons décline avec le recul des haies, ou comment une population d’oiseaux s’adapte quand ses proies se raréfient. L’environnement désigne le milieu lui-même : la haie, le sol, le climat, le bâti et le non-bâti. L’un est un champ d’étude, l’autre en est l’objet. L’écriture de François esquisse elle-même une version préscientifique du premier terme :Le Cantique des créatures nomme le soleil, la lune, le vent, l’eau, le feu et la terre comme des frères et des sœurs, non comme des ressources. Cela relève davantage d’une écologie relationnelle que d’une politique environnementale moderne. Cette distinction importe ici car la suite de ce texte porte sur une relation, non sur un paysage : la relation entre les animaux qui vivent chez moi et ceux que je cherche à attirer.

Gary le chat, Finn le fox terrier

Les chats domestiques qui sortent librement figurent parmi les prédateurs de la faune de jardin les plus étudiés. En France, la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux), en lien avec le Muséum national d’Histoire naturelle et la SFEPM, estime que les chats tuent environ 75 millions d’oiseaux par an, et classe la prédation féline parmi les trois premières causes de mortalité des oiseaux de jardin. Et les oiseaux ne sont pas les seules victimes : petits mammifères, reptiles et amphibiens en font aussi les frais.

Source: https://www.chat-biodiversite.fr/les-resultats.html

Un chat bien nourri capture tout de même en moyenne une trentaine de proies par an. Les mesures habituellement recommandées sont les colliers à motifs vifs, les clochettes (moins fiables) et une sortie limitée dans le temps, en particulier pendant la nidification.

Aucune de ces mesures ne fonctionne avec Gary. Il a perdu tous les colliers que je lui ai mis, et il va et vient selon son propre horaire, ce qui exclut tout couvre-feu. J’avoue qu’à notre arrivée en Alsace depuis Bordeaux, il m’a inquiétée : cinq jours de suite, il m’a rapporté un oiseau différent. Depuis, plus d’oiseaux, seulement des campagnols et des souris de temps en temps.

Finn, terrier dans l’âme, semble prêter main-forte à Gary : quand celui-ci rapporte une souris dans la maison et joue avec sans l’achever, c’est Finn qui s’en charge. Dehors, il ne creuse pas, mais il est fasciné par les hérissons : sans jamais leur faire de mal, il s’excite considérablement dès qu’il en sent un. Un hérisson qui se roule en boule à sa portée risque de devenir un jouet malgré lui. Je vais devoir être astucieuse pour leur offrir un habitat (tas de feuilles, passage sous la clôture) sans que ce même habitat les mette à portée de Finn.

De la paix dans mon jardin de rêves ?

Le jardin de rêve que j’imagine, avec sa haie mixte et ses zones de refuge pour petits mammifères, oiseaux, insectes, pollinisateurs, lézards et amphibiens, doit composer avec deux animaux dont les instincts vont, chacun à sa manière, à son encontre. Je n’ai pas de solution complète à proposer, seulement des ajustements : surveillance renforcée pendant la nidification, habitat à hérissons placé hors de portée de Finn, arbustes denses et épineux pour protéger les nids, mais mangeoires et points d’eau à découvert, loin des buissons où Gary pourrait se poster à l’affût. Saint François d’Assise, saint patron des animaux, de la paix et de l’écologie, aurait sans doute reconnu ce jardin : un lieu où les trois se rejoignent sans jamais tout à fait s’accorder, et où la paix recherchée n’est pas l’absence de conflit, mais un partage attentif, toujours à renégocier, de l’espace entre les vivants.

Pour aller plus loin, dans notre région

Saint François d’Assise ne nous donne pas de réponse facile pour faire vivre ensemble les animaux domestiques et la faune sauvage. Mais plusieurs ressources régionales existent pour nous aider à créer de l’habitat ou à favoriser la cohabitation avec la faune sauvage.

  • LPO Alsace — environ 2 800 membres, gère le centre de sauvegarde de la faune sauvage de Rosenwiller, source des estimations nationales de prédation citées plus haut
  • GEPMA (Groupe d’Étude et de Protection des Mammifères d’Alsace) — collabore avec LPO Alsace sur un service de médiation faune sauvage pour les questions de cohabitation
  • Alsace Nature — fédération régionale, active depuis 1965, coordonnant les associations de protection de la nature du Bas-Rhin et du Haut-Rhin
  • Haies Vives d’Alsace — conseille les particuliers pour la planification et la plantation de haies champêtres locales
  • SHNE (Société d’Histoire Naturelle et d’Ethnographie) — fondée en 1859

L'auteur

Suzanne

Membre récente de l'ACJCA, en plein réensauvagement de mon jardin à Scherwiller, où la nature mène la danse. Ravie d'échanger et d'apprendre du savoir-faire régional de chacun·e.

Mentions légales - Politique de confidentialité