« Cette année, elles ont gagné la première manche… Mes choux  ont été transformés en véritables passoires. Retour sur un minuscule insecte capable de provoquer de gros dégâts au potager. »

Quand les feuilles ressemblent à de la dentelle…

Chaque jardinier connaît ce moment de découragement. Vous faites votre tournée matinale au potager et, en quelques jours seulement, les jeunes feuilles de vos choux sont criblées d’une multitude de petits trous parfaitement ronds.

Impossible de s’y tromper : les altises sont passées par là.

Chez moi, elles n’ont laissé quasiment aucun répit à mes choux. Malgré une croissance correcte au départ, les jeunes feuilles ont rapidement été perforées jusqu’à donner l’impression d’avoir été mitraillées. Elles ont profité de mes vacances d’une quinzaine de jour (dont 10 dans un hôpital en Sardaigne).

Qui sont les altises ?

Les altises sont de minuscules coléoptères mesurant entre 2 et 5 millimètres. Leur corps noir ou bleu métallique est brillant, mais leur caractéristique la plus étonnante est leur incroyable capacité à… sauter !

Leurs puissantes pattes arrière leur valent d’ailleurs le surnom de « puces de terre ».

Elles peuvent également voler sur plusieurs centaines de mètres, voire davantage, ce qui explique pourquoi elles envahissent rapidement plusieurs jardins d’un même secteur.

Leurs plantes préférées appartiennent à la famille des Brassicacées :

  • choux cabus, choux rouges, choux-fleurs, brocolis, choux kale,
  • navets,  radis, roquette…

Les jeunes plants sont particulièrement vulnérables.

Pourquoi certaines années sont-elles catastrophiques ?

Les altises adorent :

  • la chaleur,
  • les périodes sèches,
  • les jeunes feuilles tendres.

À l’inverse, elles détestent l’humidité.

Après avoir passé l’hiver cachées dans le sol, sous les feuilles mortes ou les herbes sèches, elles reprennent leur activité au printemps et s’attaquent immédiatement aux jeunes plantations. Les dégâts peuvent ensuite se poursuivre durant tout l’été.

Les dégâts

Le symptôme est très caractéristique :

  • une multitude de petits trous parfaitement circulaires ;
  • des feuilles qui brunissent ensuite autour des perforations ;
  • une croissance fortement ralentie ;
  • parfois la disparition complète des jeunes plants.

Sur un chou déjà bien développé, les dégâts restent souvent esthétiques.

En revanche, sur un jeune plant, quelques dizaines d’altises suffisent parfois à compromettre totalement la récolte.

Comment lutter efficacement ?

La mauvaise nouvelle est qu’il n’existe pas de solution miracle.

La bonne nouvelle est qu’en combinant plusieurs méthodes, on obtient généralement de très bons résultats.

  1. Garder le sol humide

C’est probablement la méthode la plus simple.

Les altises détestent les terrains frais.

Un arrosage régulier, surtout pendant les périodes chaudes, limite fortement leur activité.

Un bon paillage permet également de conserver cette humidité beaucoup plus longtemps.

  1. Installer un voile anti-insectes

C’est sans doute la protection la plus efficace.

Le voile doit être installé dès la plantation ou immédiatement après le semis.

Attention : il faut bien enterrer les bords afin qu’aucune altise ne puisse passer dessous.

Une maille très fine (moins de 3 mm) est indispensable.

  1. Pailler généreusement

Le paillage présente plusieurs avantages :

  • il garde le sol humide ;
  • il gêne les pontes ;
  • il limite le dessèchement.

Paille, foin, tontes légèrement séchées ou BRF conviennent parfaitement.

  1. Semer de la moutarde… comme plante-piège

Cela peut paraître surprenant.

La moutarde attire encore davantage les altises que les choux.

En installant quelques rangs de moutarde à proximité, on détourne une partie des attaques des cultures principales.

  1. Les plantes répulsives

Certaines plantes semblent perturber les altises : tanaisie,  absinthe cataire, trèfle blanc.

Leur efficacité varie selon les années, mais elles contribuent à la biodiversité du potager et méritent leur place autour des Brassicacées.

  1. Cendre de bois ou terre de diatomée

En période sèche, on peut saupoudrer légèrement :

  • de la cendre de bois tamisée ;
  • ou de la terre de diatomée.

Ces produits perdent cependant toute efficacité après la pluie et doivent être renouvelés.

  1. Les pulvérisations naturelles

Plusieurs préparations sont utilisées comme répulsifs :

  • purin d’ortie ; purin de tanaisie ; purin d’absinthe ; infusion d’ail ; savon noir.

Leur efficacité est variable. Elles sont surtout intéressantes en prévention ou lors des premières attaques.

  1. Les insecticides naturels : en dernier recours

En cas d’invasion très importante, certains jardiniers utilisent :

  • le pyrèthre naturel

Ce produit ne distingue malheureusement pas les ravageurs des insectes utiles. Il doit donc rester des solutions exceptionnelles et être employés avec beaucoup de prudence.

Peut-on vraiment les éliminer ?

Probablement pas.

Les altises font désormais partie de la faune habituelle de nos jardins.

L’objectif est donc moins de les éradiquer que de limiter leur impact en rendant le potager moins accueillant pour elles et en protégeant les cultures les plus sensibles.

Comme souvent au jardin, la prévention est beaucoup plus efficace que les traitements.

Mon retour d’expérience

J’ai tenté un traitement avec de la terre de diatomée, qui a eu un effet relatif selon les spécimens.

Sur un chou perpétuel :

Aucun effet sur ces choux

Après cette attaque spectaculaire, plusieurs enseignements s’imposent pour la saison prochaine :

✅ poser un voile anti-insectes dès la plantation ;

✅ pailler immédiatement les choux ;

✅ maintenir une bonne humidité du sol ;

✅ installer quelques rangs de moutarde en plante-piège ;

✅ surveiller les jeunes plants chaque jour pendant les premières semaines.

Le jardinier apprend souvent davantage de ses échecs que de ses réussites… Espérons simplement que les altises nous laisseront un peu de répit l’an prochain !

Les altises sont de redoutables adversaires… mais avec un peu d’anticipation, elles ne devraient plus transformer nos choux en véritables passoires !

Par André Stroh – Association «  Jardins Vivants »

 

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