Réensauvagement. Joli terme. Rewilding, dans sa langue d’origine. Pour certains passionnés de jardin, ce concept a beaucoup à offrir. Pour d’autres, moins.

Un chiffre pour planter le décor : aujourd’hui, seuls 3 % des terres émergées (pôles et déserts inhabités compris) échappent encore à l’empreinte humaine (EcoNature, 2025). C’est dans ce contexte que le réensauvagement gagne du terrain, en France comme ailleurs.

Le réensauvagement, c’est quoi ?

De quoi s’agit-il, au juste ?

« Le réensauvagement vise à restaurer des espaces de libre évolution, en permettant des connexions écologiques et le retour de la flore et de la faune sauvages qui occupaient autrefois ces lieux – dans la mesure où elles y sont toujours adaptées aujourd’hui. » (EcoNature, 2025).

Pour le dire plus simplement, le chercheur Jean-Baptiste Mihoub, du Muséum national d’Histoire naturelle, résume ainsi :

« On arrête de vouloir tout contrôler, et on laisse faire la nature. » (MNHN)

Le réensauvagement est souvent associé à des projets de grande envergure : Rewilding France, qui œuvre dans les Alpes du Dauphiné ; Rewilding Europe, qui accompagne plusieurs grands projets à travers le continent ; ou encore Global Rewilding, qui recense des histoires de réensauvagement aux quatre coins du monde. Ce que ces projets ont en commun, au fond, c’est qu’ils cherchent moins à embellir un paysage qu’à retisser des liens entre les espèces : à redonner à la faune de quoi se nourrir et s’abriter.

Ci-dessous, une vidéo produite par ARTE sur le rewilding en Europe :

 

À notre échelle, à l’ACJCA

Pour nous, à l’ACJCA, certain·e·s d’entre nous rêvent peut-être d’un projet à cette échelle. Mais il existe aussi des gestes plus modestes, à la portée de nos propres jardins, si nous souhaitons y appliquer les mêmes principes, la même philosophie : redonner de la place aux connexions écologiques, et laisser un peu plus de liberté à la flore et à la faune qui nous entourent. Cette approche n’est évidemment pas pour tout le monde, certainement pas pour les âmes qui aiment tout maîtriser.

Celles et ceux qui s’intéressent à observer ce qui se passe déjà dans leur jardin pourraient trouver cette philosophie particulièrement porteuse. Le Parisien Jardin (Patricia Dorion, 15 avril 2026) propose un aperçu du sujet, ainsi que des étapes concrètes pour créer, à petite échelle, un jardin réensauvagé, à commencer par bien observer son jardin avant d’agir.

Mon jardin, à Scherwiller

Si j’ai choisi d’écrire sur ce sujet aujourd’hui, c’est parce que je me lance dans ce projet chez moi, à Scherwiller, dans mon jardin de 500 m². Depuis l’achat de ma maison au mois de novembre l’an dernier, j’ai d’abord fait appel à un paysagiste pour établir un plan, mais le résultat ne me satisfaisait pas. Depuis, je laisse plutôt la maison et le jardin me guider dans leurs rénovations respectives.

Voici où j’en suis. Vers le mois de mai (celui qu’on surnomme le « No Mow May » (le mois sans tondeuse), j’ai arrêté de tondre la pelouse pour observer plutôt ce qui y poussait, plantes fleuries comme plantes sans fleurs. Voici un échantillon de ce que j’ai trouvé :

Depuis, nous avons traversé deux canicules et bien peu de pluie. Aujourd’hui, il ne reste presque plus rien : tout est brun, sans une seule fleur en vue :

La sécheresse m’invitait à ne plus chercher les fleurs et plantes, mais plutôt à observer le mouvement du soleil, la direction et l’ampleur des vents, et aussi la place qu’occupe mon jardin parmi ceux de mes voisins. Même si ce jardin est le mien, mes décisions peuvent les concerner aussi ; je préfère aller à leur rencontre et en discuter avant d’arrêter mes choix définitifs.

Je poursuis donc ma démarche d’observation, même si j’avoue avoir déjà pris rendez-vous avec des pépiniéristes, pour que les idées commencent à prendre forme. J’en discute avec trois d’entre eux, autour d’un projet de haie mixte d’essences indigènes, pensée comme source de nourriture et comme habitat pour les insectes, oiseaux, reptiles, amphibiens et petits mammifères du coin. C’est ma façon, à mon échelle, de contribuer à restaurer des connexions écologiques et à soutenir la flore et la faune de mon jardin.

À votre tour

Cela dit, il y a une telle richesse d’expérience ici, à l’ACJCA, que j’ose vous poser la question à mon tour : que me conseilleriez-vous pour une haie mixte de ce genre, capable d’accueillir la faune locale ? Et pour un arbre d’ombrage ? Ou pour un arbre facile et amusant à cultiver ?

L'auteur

Suzanne

Membre récente de l'ACJCA, en plein réensauvagement de mon jardin à Scherwiller, où la nature mène la danse. Ravie d'échanger et d'apprendre du savoir-faire régional de chacun·e.

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