Ou comment quatre enfants de CM2 ont logé tout un voisinage d’abeilles solitaires — sans jamais leur imposer la colocation.

Tout est parti d’une idée des enfants eux-mêmes. Le Conseil municipal des enfants de Sainte-Croix-aux-Mines voulait donner un coup de pouce aux petites bêtes du jardin et équiper les cours d’école d’abris à insectes. La commune a relayé la demande, l’ACJCA a sorti sa caisse à outils, et le mercredi 27 mai, la salle des fêtes s’est transformée en chantier.

Le casting ? Quatre élèves de CM2, et — petit détail savoureux — cinq adultes pour les encadrer. Autant dire qu’on a frôlé le cours particulier. Claire-Marie a lancé l’introduction côté biodiversité, Pierrot et Anne-Marie (ACJCA) ont tenu la partie technique, Dominique et Michel ont prêté main-forte. Quand on vous dit que la biodiversité, ça mobilise !

D’abord, savoir qui on héberge

Avant de scier quoi que ce soit, petite mise au point : qu’est-ce qu’un insecte, où vit-il, et à quoi servent tous ces auxiliaires discrets qui travaillent gratuitement pour nos jardins ?

Et surtout, une idée qui nous tient à cœur à l’ACJCA : le grand « hôtel à insectes » unique, esthétique et photogénique, n’est pas forcément le meilleur service à rendre à la faune. Car les locataires que l’on héberge ici sont surtout des abeilles solitaires — et elles ne cherchent pas un immeuble bondé, elles veulent un studio. Plusieurs petits abris dispersés valent mieux qu’un seul gros bloc : c’est plus proche de leur mode de vie, et ça limite la propagation des parasites. Bref, l’abeille solitaire porte bien son nom : elle refuse poliment la colocation.

Trois modèles, et un vrai rythme de chantier

Place à la pratique, avec trois modèles complémentaires :

  • des fagots de tiges de renouée à suspendre,
  • des boîtes de conserve récupérées, garnies de tiges creuses de diamètres variés,
  • des boîtes en bois à assembler.

Le détail qui compte : la variété des diamètres. Une tige fine ici, une plus large là, et l’on accueille des locataires différents — abeilles et guêpes solitaires, des bestioles aussi discrètes qu’inoffensives (à dire aux enfants pour les rassurer : elles ne cherchent pas la bagarre). Les petites mains ont garni et personnalisé chaque abri ; le clouage et l’agrafage, eux, se sont faits avec l’aide — et sous l’œil — des adultes.

Et le résultat ? Accrochez-vous : en deux heures, quatre enfants ont produit 8 hôtels en bois, 5 en boîte de conserve et 8 fagots de renouée. Soit vingt et un abris. On a recompté pour être sûrs. À ce rythme, les abeilles solitaires du secteur vont bientôt devoir prendre un ticket.

Et maintenant ?

L’essentiel des abris rejoindra les cours des écoles élémentaire et maternelle — Léna s’est même portée volontaire pour la livraison. Et comme tout bon bâtisseur mérite sa part, chaque enfant repart avec un abri pour son propre jardin.

Reste le plus important : bien les poser. Exposition sud ou sud-est, à l’abri de la pluie, calés à au moins trente centimètres du sol, et surtout… on ne les déplace plus une fois en place. Parce qu’une fois les locataires installés, un déménagement, ça ressemble fâcheusement à une expulsion.

Un grand bravo aux quatre bâtisseurs du Conseil municipal des enfants, et merci à la commune et aux bénévoles. La preuve, s’il en fallait, qu’on peut loger tout un quartier de pollinisateurs en un après-midi — à condition d’avoir quatre paires de bras motivées et, accessoirement, cinq adultes qui essaient de suivre.

L'auteur

Claire Marie

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